Effrayer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Balayer ). X e siècle, esfreder, esfreier, « troubler, inquiéter », au sens propre, « faire sortir de l'état de tranquillité ». Du latin populaire de Gaule * exfridare, dérivé de l'ancien bas francique * fridu, « paix ».
1. Remplir de frayeur. Les coups de feu ont effrayé le gibier. Effrayer un enfant. Vous m'effrayez par ce que vous m'apprenez. Air, regard effrayé. Par exag. Remplir d'appréhension. L'idée de ce voyage l'effraie. Il était effrayé par l'ampleur de ses nouvelles tâches. Vieilli. Remplir d'effroi. Le silence de ces espaces infinis m'effraie.
2. Pron. Éprouver un sentiment de crainte qui n'est pas toujours justifié. Ce cheval s'effraie de son ombre.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il se conjugue comme BALAYER.) Remplir de frayeur. "Effrayer un enfant, des pigeons. Vous m'avez effrayé par cette nouvelle. Cet événement a effrayé tout le monde. Il s'effraie de peu de chose."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Causer de la frayeur. Effrayer un enfant. Des bruits sinistres effrayaient la population.
RAC.: « Il veut les rappeler [ses chevaux], et sa voix les effraie »
RAC.: « Quel jour mêlé d'horreur vient mon âme ? »

 2   S'effrayer, v. réfl. Concevoir de la frayeur. Il s'effraya à la vue du péril.
PASC.: « Qui se considérera de la sorte s'effrayera de soi-même, et, se considérant soutenu, dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles »
BOILEAU: « Et voit-on, comme lui, les ours ni les panthères S' sottement de leurs propres chimères ? »
RAC.: « La sultane à ce bruit feignant de s'effrayer »
RAC.: « Enfin d'un chaste amour pourquoi vous ? »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XXXII: Li reis Marsiles en fut moult esfraed
    XIIème siècle
     Ronc. p. 14: Ainc par menace ne fui [je ne fus] trop esfreez
     Couci, XIV: Et fins amis à tort achaisoné [inculpé] Est moult souvent de legier [aisément] effraé
     ib. p. 125: Mais ele a cuer felon qui trop m'effraie
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Si se commencierent à effreer et à desconfire »
     Berte, CVI.: Quant Berte entend Symon, durement s'en esfroye
JOINV.: « Le roy fut forment effraé [courroucé], et li dit que moult estoit hardi quant.... »
    XIVème siècle
     Guesclin. V. 13819: Très bien, ce dit Bertran, qui de riens ne s'effrée....
    XVème siècle
FROISS.: « L'ost qui fut tout effrayé se commença à emouvoir »
FROISS.: « Le capitaine ouvrit une fenestre sur les fossés et saillit hors tout effreé [surprise du château de Berwich par les Écossais] »
    XVIème siècle
MARG.: « Elle fut si très effrayée de peur, qu'elle demeura comme une statue sans sonner mot »
AMYOT: « Il fist jetter de grands cris à ses gens et sonner les trompettes pour effroyer les ennemis »
LANOUE: « La lance effraye de loin quand on la voit branler avecques sa longue banderole »

ÉTYMOLOGIE
    Ef- pour es- préfixe, et le radical qui est dans frayeur (voy. ce mot) ; picard, effroyer, effrenter ; provenç. esfrayar, esfredar, esfreidar. On remarquera, dans l'historique, esfraier ou esfreer et esfroier ; le premier est la prononciation de la Normandie et de la partie ouest du centre ; l'autre est la prononciation de la Picardie et de l'autre partie du centre ; gardant , la langue littéraire aurait dû prendre effrai ; mais, par le hasard des mélanges, elle a gardé effroi, effroyable, qui se rapportent à effroyer.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


(Il se conjugue comme "Payer.") Donner de la frayeur, épouvanter. "Effrayer un enfant, des pigeons, etc. Vous m'avez effrayé par cette nouvelle. Cet événement a effrayé tout le monde."
Il s'emploie aussi avec le pronom personnel, et signifie, S'étonner, être saisi de frayeur. "Il s'effraye de peu de chose."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)



v. a. (Il se conjugue comme "Payer.") Donner de la frayeur, épouvanter. "Vous m'avez effrayé par cette nouvelle. Cela a effrayé tout le monde."
Il se met aussi avec le pronom personnel, et signifie, S'étonner, prendre de la frayeur. "Il s'effraie de peu de chose."



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Donner de la frayeur. "Vous m'avez effrayé par cette nouvelle. Cela a effrayé tout le monde."
Il est aussi réciproque, & signifie, S'étonner, prendre de la frayeur. "Il s'effraie de peu de chose."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Donner de la frayeur. "Vous m'avez effrayé par cette nouvelle. cela a effrayé tout le monde".
Il est aussi neutre passif, & signifie S'estonner, Prendre de la Frayeur. "Il s'effraye de peu de chose".




Emplacement dans le dictionnaire :

efforcer (s')
efforcer (s')
effort
effraction
effraie
effranger
effrayant
effrayé
effraye

effrené
effréné
effritement
effriter
effroi
effronté
effrontement
effrontément
effronterie
effroyable
effroyablement




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...les ténèbres. tetea, personne pâle, fantôme. oromatua, crâne d'un parent. papaora, odeur de cadavre. tai hitoa, voix effrayante. tai aru, voix comme le bruit de la mer. tururu, bruit de bouche pour effrayer. oniania, vertige, brise qui se lève. tape tape, limite touchant aux eaux profondes. tahau, blanchir à la rosée. rauhurupe, vieux bananier ; personne décrépite. tutai, nuées rouges à l'horizon....


Citation n°2 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...dressée menaçante, très haut tout près d'eux : des mâts, des vergues, des cordages, un dessin de navire qui s'était fait en l'air, partout à la fois et d'un même coup, comme ces fantasmagories pour effrayer qui, d'un seul jet de lumière, sont créées sur des voiles tendus. Et d'autres hommes apparaissaient là, à les toucher, penchés sur le rebord, les regardant avec des yeux très ouverts, dans un réveil...


Citation n°3 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...surprend, car tous ces mots sont du français véritable et tous répondent à un besoin réel, même terroriser, qui semble avoir un sens plus actif, plus décisif, peut-être à cause de sa nouveauté, que effrayer ou épouvanter. en est-il de même de clamer, de perturber, de ululer, et de tout le groupe des latinismes récemment introduits dans la langue ? C'est assez douteux, car il ne faut demander...


Citation n°4 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...du système solaire, et que le système solaire, lui-même, n'est qu'un point imperceptible dans les espaces infinis de l'univers stellaire. En même temps, l'astronomie nous apprenait à ne pas nous effrayer des grands nombres, et cela était nécessaire, non seulement pour connaître le ciel, mais pour connaître la terre elle-même ; et cela n'était pas aussi facile qu'il nous le semble aujourd'hui....


Citation n°5 de Ernest RENAN (L'Avenir de la science)

...L'année 1848 fit sur moi une impression extrêmement vive. Je n'avais jamais réfléchi jusque-là aux problèmes socialistes. Ces problèmes, sortant en quelque sorte de terre et venant effrayer le monde, s'emparèrent de mon esprit et devinrent une partie intégrante de ma philosophie. Jusqu'au mois de mai, j'eus à peine le loisir d'écouter les bruits du dehors. Un mémoire sur l'étude du...


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